
Les stéréotypes ancrés dans les fêtes annuelles
Clémence BoucherL’Halloween permet à plusieurs de faire preuve de créativité, de relâcher la pression du quotidien et de renouer avec une part d’enfance. C’est une occasion de se déguiser, de se divertir et d’exprimer librement son imagination. Mais derrière cette apparente légèreté se cache parfois des choix de costumes qui perpétuent, sans qu’on s’en rende toujours compte, des stéréotypes bien ancrés dans la société. Qu’il s’agisse de représentations fondées sur le racisme ou sur le sexisme, leurs effets, souvent invisibles, n’en demeurent pas moins réels. Se déguiser en infirmière aguichante ou en personne issue des Premières Nations peut sembler inoffensif, mais ces images contribuent à entretenir des visions réductrices et stéréotypées de certaines identités.
Les costumes dits « d’infirmière aguichante » en sont un exemple frappant. Ils réduisent une profession essentielle à une caricature, transformant la compétence, le dévouement et la rigueur du personnel soignant en simple objet de désir. Ce type de représentation renforce la tendance à sexualiser les femmes et à minimiser leur rôle dans des métiers historiquement féminins. Il en va de même pour les costumes de femmes de ménage ou d’écolières, souvent hypersexualisés et détachés de leur contexte réel. Ces représentations banalisent la réduction du corps féminin à un objet de désir et perpétuent des clichés selon lesquels la valeur des femmes résiderait avant tout dans leur apparence. En transformant des figures du quotidien soit, des travailleuses, des étudiantes, des professionnelles, en archétypes séduisants, on efface la diversité des réalités féminines et on reproduit, sous couvert d’humour ou de légèreté, des rapports de pouvoir bien ancrés.
De la même manière, les déguisements inspirés des Premières Nations, souvent portés sans connaître leur portée culturelle, participent à une forme d’appropriation. En transformant des symboles traditionnels en accessoires festifs, ces costumes effacent la richesse et la diversité des cultures autochtones, tout en réactivant des blessures liées au colonialisme et au racisme systémique.
Ces choix ne sont pas de simples détails anodins : ils traduisent des imaginaires collectifs toujours empreints d’inégalités. L’Halloween, moment de divertissement et de créativité, devient aussi un miroir de nos biais sociaux et culturels.
Pourtant, cette fête pourrait être l’occasion d’une expression plus consciente et inclusive. Se déguiser sans reproduire les préjugés est tout à fait possible : il suffit d’un peu de sensibilité et de curiosité. Opter pour un costume original, humoristique ou inspirant, plutôt qu’un déguisement qui perpétue des clichés, permet de célébrer tout en respectant les autres.
Après tout, la liberté de se déguiser ne perd rien de sa magie lorsqu’elle s’accompagne d’un peu de réflexion.
Sources
Rose-Aimée Automne T. MORIN, « L'audace des costumes pour adultes », La Presse, 22 octobre 2025, https://www.lapresse.ca/societe/chroniques/2025-10-22/halloween/l-audace-des-costumes-pour-adultes.php
Thomas WEILL, « Pourquoi les déguisements sont-ils sexistes? », 20 minutes, 7 mai 2016, https://www.20minutes.fr/culture/1824507-20160507-pourquoi-deguisements-sexistes
Radio-Canada, « Des costumes d'Halloween qui favorisent les stéréotypes racistes, disent des Edmontoniens », Radio-Canada, 19 octobre 2016, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/809519/racisme-autochtone-costumes-halloween

