
Les femmes en situation d’itinérance
Clémence BoucherL’hiver approche, et avec lui, le froid qui s’installe dans les rues, les parcs, les entrées d’immeubles. Pour certains, cette saison rime avec chaleur intérieure, couvertures épaisses et foyers accueillants. Mais pour les personnes en situation d’itinérance, chaque chute de température devient une lutte quotidienne pour survivre. Derrière les images que l’on se fait trop souvent de l’itinérance soit des silhouettes visibles, majoritairement masculines, dans l’espace public se trouve une réalité bien plus nuancée, silencieuse et parfois complètement invisible : celle des femmes. Leur expérience de l’itinérance est différente, marquée par des stratégies de survie, par la peur constante de la violence, par la nécessité de se cacher pour rester en vie.
L'itinérance cachée
Pour bien des femmes, l’itinérance ne se manifeste pas sous la forme visible que l’on imagine souvent soit dormir dans la rue ou sous un abribus, mais plutôt par un va-et-vient d’hébergement temporaire, de « sofa-surfing », d’amis ou de proches qui acceptent d’accueillir un temps, puis plus. Les études montrent que les femmes privilégient des dispositifs moins visibles pour éviter les violences ou les agressions, ce qui les rend moins repérables et moins comptabilisées dans les statistiques. Ce phénomène d’« itinérance invisible » ou « cachée » contribue à ce que leurs besoins restent méconnus et leurs réalités sous-estimées. Avec l’hiver, le passage à des hébergements inadéquats, non chauffés ou non sécurisés, ou encore l’impossibilité de rester à l’abri se multiplient, aggravant la vulnérabilité des femmes concernées.
La violence
La violence sous toutes ses formes marque profondément le parcours des femmes en situation d’itinérance. Elle peut précéder l’itinérance (violences conjugales, abus dans l’enfance) ; elle est aussi omniprésente pendant l’itinérance (agressions sexuelles, vols, harcèlement). La rue, ou plus largement l’environnement de l’itinérance, représente un danger accentué pour les femmes. Cette menace constante modifie les comportements : certaines femmes restent mobiles toute la nuit, déplacent leurs affaires, évitent certains abris ou campements pour essayer d’être en sécurité. Avec l’hiver, les dangers s’accroissent encore : les nuits glaciales, la multiplication des refuges surpeuplés, ou l’isolement provoqué par le froid peuvent renforcer le pouvoir des agresseurs et réduire les choix de protection pour les femmes.
La précarité
La précarité des femmes en itinérance dépasse largement la question de l’hébergement : elle touche aussi l’emploi, la santé, l’alimentation, l’accès à des ressources adaptées à leur genre, à des soins de santé spécifiques (grossesse, santé reproductive, etc.). Par exemple, l’itinérance féminine s’inscrit souvent dans un parcours antérieur marqué par des dépendances, un confinement dans des relations abusives, un accès limité à des logements sécurisés. De plus, les services disponibles ne sont pas toujours adaptés aux réalités spécifiques des femmes : peu de places réservées, manque d’espaces séparés pour femmes, ou encore hébergement mixte peu sécurisant. Avec l’arrivée de l’hiver, la précarité se traduit aussi par l’impossibilité de se procurer des vêtements chauds, par le risque d’hypothermie, par des journées de plus en plus longues et sombres, et par le fait que le peu de ressources disponibles sont davantage sollicitées ce qui creuse l’écart entre les besoins et les moyens.

