Comité Femmes et Droit UdeM
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Le féminicide de la Polytechnique

Clémence Boucher

Événement


Le 6 décembre 1989, Marc Lépine entre dans l’École Polytechnique de Montréal. Il se dirige vers une salle de cours où il sépare les hommes des femmes avant de s’en prendre uniquement aux étudiantes. Il les accuse d’être des féministes responsables de ses échecs, puis ouvre le feu, tuant 14 femmes et en blessant plusieurs autres. L’attaque, rapide et méthodique, révèle la préméditation et la motivation explicitement misogyne du tireur, faisant de cet acte un féminicide au sens strict, c’est-à-dire le meurtre de femmes parce qu’elles sont des femmes. La soirée plonge la communauté universitaire, puis tout le Québec, dans un état de stupeur et de deuil collectif, alors que les premiers témoignages des survivantes et des intervenants mettent en lumière la violence extrême de l’événement et la vulnérabilité des victimes, ciblées uniquement en raison de leur genre.


Impact


La tuerie de la Polytechnique provoque un choc profond dans la société québécoise, ouvrant un débat sur la violence faite aux femmes, sur la misogynie enracinée dans les structures sociales et sur les mécanismes qui permettent à de telles attaques de se produire. Dans les médias, les premières heures sont marquées par une hésitation frileuse à nommer l’événement pour ce qu’il est réellement. On parle d’un drame isolé ou d’un geste irrationnel, évitant d’aborder le caractère idéologique du massacre. Avec le temps, la lecture féministe s’impose et transforme la manière dont l’événement est compris. Il devient le symbole d’une violence systémique trop longtemps minimisée. On reconnaît que la tuerie est un féminicide motivé uniquement par la haine envers les femmes. L’impact est aussi législatif et institutionnel, puisqu’il nourrit les discussions autour du contrôle des armes à feu et encourage un questionnement sur la place des femmes dans les secteurs traditionnellement masculins comme l'ingénierie. L’événement force la société à se regarder en face et à reconnaître que la haine des femmes n’est pas marginale, mais enracinée dans un continuum de violences normalisées.


Échos


Plus de trente ans après la tragédie, le 6 décembre demeure une date de commémoration et un rappel douloureux que la violence envers les femmes n’appartient pas au passé. Chaque année, vigiles, cérémonies et prises de parole publiques soulignent la mémoire des 14 victimes tout en rappelant que les féminicides continuent de sévir au Québec et ailleurs au Canada. Les statistiques montrent une réalité persistante : les femmes demeurent majoritairement victimes de violences commises par des partenaires intimes, et les crimes motivés par la haine ou le contrôle demeurent trop fréquents. En effet, en 2024, 25 féminicides sont enregistrés uniquement sur le territoire du Québec. L’écho de la Polytechnique se fait sentir dans les mouvements sociaux contemporains, des dénonciations de violence conjugale aux mobilisations contre les agressions sexuelles, en passant par les débats sur les armes à feu ou la place des femmes dans les milieux techniques et scientifiques. Se souvenir de cet événement, c’est reconnaître qu’il s’inscrit dans un présent encore marqué par l’inégalité et qu’il nous oblige à maintenir une vigilance collective pour prévenir la violence et soutenir celles qui en sont victimes.


Sources


CAMILLE LACROIX, Pour en finir avec les féminicides en 2025, Radio-Canada, 4 janvier 2025, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2130463/feminicides-violence-conjugale-femmes (consulté le 1er décembre 2025).

MÉLISSA BLAIS, L’attentat antiféministe de Polytechnique, Montréal, Les Éditions du remue-ménage, 4 novembre 2024.


Source de l'image


Radio-Canada